06 Février 2020

[RAPPORT] Orientation professionnelle: décrypter le passé pour imaginer le futur

Le monde du travail évolue en permanence, c’est indéniable. Nous devrons ainsi changer en moyenne... 12 fois de métier tout au long de notre vie. Aujourd’hui, les entreprises comme les jeunes talents font face à de nouveaux défis. Le développement du digital, l’automatisation de certaines tâches, la désintermédiation (par exemple avec des acteurs comme Uber ou Airbnb) vient renforcer la concurrence ou disrupter certains marchés historiques. Au milieu de tout cela, qu’en est-il de l’orientation ? Comment sont conseillés les jeunes talents, ceux qui seront chargés demain de reprendre le flambeau et relever de grands défis : ceux de notre planète ?  En 2030, doit-on s'attendre à un scénario d’orientation passif, inclusif, d'hyper individualisation ?

JobTeaser, un acteur innovant de l’orientation, a souhaité dresser un tableau de l’orientation pour répondre à ces questions. Pour faire preuve d’innovation, il faut pouvoir allier la compréhension d’un contexte à la volonté de ne pas reproduire les mêmes erreurs que par le passé. Au fil des siècles, notre rapport au travail et à l’orientation professionnelle ont changé. Analyser l’évolution de l’orientation professionnelle en Europe nous permet de mieux comprendre quel est notre héritage, pour ensuite appréhender le présent le plus efficacement possible, et proposer une vision du futur inspirante. 

Comment a évolué notre rapport au travail et à l’orientation professionnelle ?

La “Vocational guidance” dans un monde industriel (1910-1960)

UNE ORIENTATION HÉRÉDITAIRE DUE À DES NORMES SOCIALES FORTES

Avant les années 1910, le travail était synonyme de contrainte : il n’était ni question de vocation professionnelle, ni de sens. Avec un déterminisme social fort, chaque membre de la société restait à sa place,  déterminée par celle de ses parents. L’exemple commun est celui des artisans de père en fils, illustrant des parcours de vie établis à l’avance, héréditaires. 

DÉBUT DE L’ÈRE INDUSTRIELLE, NAISSANCE DU CONSEIL EN ORIENTATION 

L’ère industrielle initie de nombreux changements, notamment en termes de normes sociales. Dans ce contexte de transition, les trajectoire simple sont favorisées : l’individu fait un unique choix en début de carrière qui détermine son travail jusqu’à la fin de sa vie. En retour, l’organisation assure une sécurité de l’emploi. Par la suite, c’est lorsque le secteur industriel manquera de main d’oeuvre qualifiée, que naîtra le premier service d’orientation. 

 LA NAISSANCE DU « MATCHING » 

Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, les besoins changent encore. La conception de diagnostic-pronostic apparaît au sein de l’orientation : c’est le modèle du “Matching”. Cette méthode consiste à apparier les caractéristiques personnelles avec les exigences professionnelles. Le conseiller peut dès lors prescrire des métiers dans une logique de “ton métier sera ...”

La “Career education” dans une conception du travail comme essence de l’Homme (1961-2000)

Le développement de la mondialisation, doublée de crises qui suivent le premier choc pétrolier, amènent des changements profonds. Le chômage de masse apparaît et les politiques sont désormais en charge de trouver des solutions. Au sortir des années 60, le travail est de plus en plus considéré comme une réalisation de soi. Une conception de l’orientation “éducative” émerge : cette approche ne cherche plus à placer des profils sur des offres pénuriques, mais vise à impliquer activement la personne dans la formulation de son projet et de l’informer afin qu’elle choisisse un métier. 

Le “Life Design” à l’ère des services, du mouvement et de l’information (2001 à nos jours).

L’avènement du 21ème siècle voit éclore un nouveau rapport au travail et une nouvelle gestion des carrières professionnelles, avec des cycles de carrière plus courts et multiples.

UN CHANGEMENT DES REPÈRES

Selon Callanan et al. (2017), les facteurs environnementaux à l’origine de ces changements seraient :

  • Les turbulences et les perturbations économiques
  • La mondialisation et la montée en puissance des organisations mondiales
  • Le progrès de la technologie et de l’intelligence artificielle
  • La montée des accords de non-concurrence, compliquant la capacité d’un salarié à contrôler la trajectoire de sa carrière
  • Le déclin du pouvoir des syndicats. 

Il en ressort le développement d’emplois temporaires permettant individus de s’adapter au marché plus rapidement et plus fréquemment mais générant également  des choix professionnels incertains. Un second phénomène apparaît:  la montée du travail indépendant. C’est ce que  Méda (2015) appelle de la « fausse sous-traitance » ou l’« Ubérisation » de l’emploi.  Il en résulte donc le besoin indispensable de l’accentuation d'une orientation professionnelle tout au long de la vie.

UNE NOUVELLE GÉNÉRATION EN QUÊTE DE SENS ET DE BIEN-ÊTRE 

La montée des risques psycho-sociaux est dans les années 2000 une realité : burn-out, stress aïgu ou chronique, harcèlement moral … Pour la nouvelle génération, celle qui a vu ses parents en souffrir et/ou qui y est sensibilisée, l’équilibre vie pro / vie perso devient important. Les concepts de bien-être et la Qualité de Vie au Travail voient le jour.

L’ORIENTATION AU 21ÈME SIÈCLE, UNE VISION CONTINUE POUR FAIRE FACE AUX INCERTITUDES

Le Life Design permet de naviguer plus sereinement dans un rapport au travail plus incertain. Il ne se concentre plus exclusivement sur la réussite professionnelle, mais intègre un périmètre plus large de développement personnel de l'individu, dont la carrière fait partie. Une personne, afin d'être employable et répondre aux nouvelles exigences de l'entreprise moderne, doit :

  • Apprendre tout au long de sa vie,
  • S'engager pour une période restreinte,
  • Mettre en avant ses capacités d'adaptation (Savickas & Pouyaud, 2016).

Qu’en est-il de l’orientation aujourd’hui ?

Vers un accompagnement axé sur la gestion des transitions 

Le conseil en orientation est aujourd’hui vu comme un aménagement des transitions. Avec de plus en plus de cycles professionnels dans une carrière, ces transitions se multiplient. Chez JobTeaser, la transition qui nous intéresse le plus est celle des jeunes diplômés arrivant sur le marché du travail.

L’accompagnement reçu varie en fonction des parcours : d’après une enquête du CEREQ portant sur la génération 2010, près de 77% des sortants de l’enseignement supérieurs ont suivi au moins une activité d’orientation au cours de leur cursus. Les Grandes Ecoles se distinguent des autres dans la variété des dispositifs proposés ; en effet, la moitié des sortants ont suivis au moins quatre dispositifs différents.  

Le concept du Life Design : construire sa vie 

Aujourd’hui, la carrière professionnelle est une brique dans nos parcours personnels. La construction de notre vie (“life design”) est mouvante, complexe et difficile. Elle nécessite un engagement spécifique pour identifier ses priorités. Parmi celles-ci : la famille, l’engagement citoyen, les hobbies… Pour équilibrer ces priorités mouvantes, l’accompagnement se fait tout au long de sa carrière, non pas uniquement lors de transition professionnelle - cela réduit par ailleurs le stress des individus. Dans cette optique, Jon Howden-Evans (Head of the Swansea Employability Academy, Swansea University) affirme : «Le défi d’orientation que nous devons relever est de réussir à équiper les personnes pour continuer d’apprendre et s’orienter en continu tout au long de leur carrière».

Le Parcours Universel pour accompagner chaque jeune

JobTeaser fait le choix de concentrer ses efforts sur la jeunesse européenne, et plus particulièrement la jeunesse de l’enseignement supérieur, soit 17 millions de bénéficiaires potentiels âgés de 15 à 29 ans. La mission de JobTeaser est de préparer cette nouvelle génération à révéler tout son potentiel, pour s’accomplir, et en faire bénéficier la société. 

Cela implique d’accompagner chaque jeune depuis là où elle/il se trouve pour arriver à  une situation professionnelle épanouissante grâce à un Parcours Universel.

Ce dernier a été développé autour de cinq principes: il est engageant, existentiel, autonomisant, collectif et global. Par ailleurs, nous dégageons 3 contraintes principales potentielles au bon fonctionnement de ce parcours universel : 

  • L’engagement des personnes
  • La confiance envers les personnes en charge de l’orientation
  • La faiblesse des effectifs nécessaires pour produire un accompagnement de qualité.

Pour y répondre, nous proposons d’utiliser le numérique et les ressources humaines disponibles pour passer l’orientation à l’échelle tout en répondant aux contraintes de confiance et d’engagement.

Trois scenarii de l’orientation en 2030

1. L’hyperspécialisation des régions.

Selon la loi Avenir Professionnel en France, les responsabilités et le spectre des actions des régions vont s’agrandir de plus en plus.- Ainsi, les jeunes, au moment de décider d’une formation, auront à leur disposition une cartographie régionale des emplois,des besoins des entreprises correspondants, ainsi que les taux d’employabilité en sortie d’études.  Par conséquent, les disparités déjà présentes dans les régions risquent de s’agrandir, et ce dès la formation. Un déterminisme local - et social - fort se développeront alors : certains jeunes seront mobiles entre les régions, tandis que d’autres, moins privilégiés, seront fixes. 

2. La conservation du Status Quo : une orientation passive et déconnectée.

L’orientation prise dans sa globalité restera engluée dans son lot de contraintes issues de son histoire et de son organisation. Peu de choses auront changé et la plupart des jeunes arriveront perdus sur le marché du travail. Nous resterons ainsi dans une culture du diplôme avant tout. C’est du moins ce que laisse penser l’Agenda de Lisbonne 2020, qui a pour objectif d’avoir 50% d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur. Cela alors même qu’il est accepté que les études - aussi précises soient-elles - ne mènent pas à un métier précis. 

3. Notre conviction avec le Parcours Universel : une chance pour chacun de faire la différence.

Dans ce dernier scénario, l’orientation sera prise en charge dès le plus jeune âge par l’Education Nationale pour accompagner les élèves à se connaître et s’interroger sur leurs envies grâce au Parcours Universel. 58% des jeunes interrogés par le Crédoc expliquent déjà que « comprendre ses propres envies » est essentiel dans le chemin de l’orientation. De plus, de nombreuses passerelles seront établies entre les différents parcours, les études et le monde professionnel : il sera plus facile de réaliser des transitions entre ces derniers. Ce scénario, c’est la vision portée par JobTeaser au quotidien. Il repose sur 5 pistes : 

  • Digitalisation des parcours d’orientation et de leur suivi - tout en conservant une dimension humaine
  • Multiplication des expériences professionnalisantes (stages, apprentissage)
  • Développement du mentorat et interactions entre pairs (développement des tiers lieux)
  • Création d’un ordre des professionnels de l’orientation (création de standards et attribution de certifications)
  • Rapprochement entre orientation dans l’enseignement supérieur et au secondaire.

Offrir ce type d'orientation professionnelle à grande échelle, c'est l'assurance de toucher le plus grand nombre de jeunes. Sans compter la diminution du stress lié à une orientation vécue aujourd'hui comme subie. Une mauvaise orientation crée en effet de la frustration, du mal-être social, des sentiments d’injustice, et des fractures sociales bien réelles. JobTeaser souhaite soutenir les acteurs de l'éducation avec le Parcours Universel, pour que chacun puisse faire la différence.

Publié par
Marion Theis
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