Mardi 17 Novembre

[Enquête] Étudiants et entreprises font face à la crise malgré l'incertitude

La crise sanitaire a inspiré des changements profonds sur la manière d’aborder le recrutement, tant chez les jeunes diplômés et étudiants que chez les recruteurs. Sont-ils temporaires ou augurent-ils d’une transformation pérenne du marché de l’emploi ? Notre deuxième étude « Jeunes talents et recruteurs face à la crise », réalisée en septembre auprès de 11 000 jeunes et 250 entreprises, révèle des évolutions complexes et souvent contrastées. Focus sur plusieurs dimensions clés de cette période porteuse d’incertitudes mais aussi d’opportunités, qui offre aux entreprises l’occasion de façonner des modes de recrutement plus en phase avec les nouvelles attentes de leurs futurs collaborateurs.

Un rapport de force candidat / recruteur en pleine reconfiguration

La crise sanitaire a eu un effet brutal sur le recrutement : notre étude révèle qu’un jeune européen sur trois a vu son offre d’emploi annulée ou reportée, la moitié des entreprises continuant de bloquer une partie de leurs recrutements (contre 46% en avril). L’INSEE affiche un taux d’emploi des moins de 25 ans à 26,6%, son plus bas niveau historique.

Dans le contexte d’un marché du travail tendu, il est naturel que le rapport de force penche au profit des entreprises. Ainsi plus de 50% des recruteurs déclarent avoir reçu plus de candidatures dans la période actuelle, rendant la compétition entre les étudiants plus intense.

"« J’avais passé plusieurs entretiens... mais avec le confinement, les postes étaient gelés et il était compliqué de trouver un CDI. J’ai donc poursuivi mes études en Master Spécialisé en Marketing Digital & DATA. »"

Karim, étudiant en alternance

Néanmoins ces chiffres cachent une dualité profonde, qui existait déjà avant la crise et que celle-ci semble avoir renforcée. Ainsi la pénurie de talents persiste pour de nombreux profils spécialisés : ingénieurs dans l’industrie, métiers de l’informatique, ou encore un ensemble de profils plus commerciaux ou marketing (web marketing, community management, data science…). 

Une priorité désormais donnée à la qualité de vie au travail

Néanmoins une autre tendance s’accentue, qui tend à rééquilibrer le rapport de force : les recruteurs observent que près de 30% des candidats ont plus d’exigences dans la période actuelle – un chiffre corroboré par les étudiants et jeunes diplômés, qui sont 40% à exprimer de nouvelles attentes concernant le poste et l’environnement de travail. 

16% font plus attention à leur environnement de travail

Parmi ces attentes, les « conditions de travail » (65%) et « l’équilibre vie pro / vie perso » (40%) puis seulement le salaire (38%) arrivent en tête, là où l’engagement social (égalité hommes-femmes, diversité…) n’est plus vraiment une priorité. Les chiffres sont clairs : les jeunes attendent désormais de leur entreprise qu’elle contribue à leur bien-être. Dans le contexte sanitaire actuel, marqué par le télétravail et une reconfiguration des relations humaines au travail, leurs préoccupations se recentrent sur la capacité de l’entreprise à créer du lien et collaborer efficacement avec eux.

Plus généralement, l’inquiétude principale des jeunes diplômés face à la crise est celle de « ne pas trouver sa voie », pour 50% d’entre eux – loin devant la difficulté à trouver ou changer d’emploi. Un tel chiffre témoigne d’un changement profond et durable des aspirations des jeunes talents malgré, ou à cause, d’une conjoncture économique dégradée.

""Les entreprises ont une responsabilité quant à la transparence de leur activité. Elles peuvent également agir afin d’éviter la polarisation de la société, en favorisant l’intégration sous toutes ses formes, en ayant moins de discrimination à l’embauche." "

Lucas, étudiant

Chez les étudiants, ces attentes se traduisent par un questionnement profond sur leurs aspirations professionnelles : près de 70% d’entre eux affirment ne pas avoir une idée générale de leur futur cursus. Ce sentiment d’incertitude lié à la crise actuelle entraîne néanmoins des réactions contrastées, entre ceux qui repensent leur projet et ceux sont davantage pressés de travailler – souvent pour des raisons matérielles.

"« Au niveau de mes aspirations personnelles et un peu professionnelles, je réfléchis davantage à ce que je veux faire et surtout ce que je veux être. Je me mets moins de barrières mais en même temps je cherche à sécuriser, étant donné l'incertitude du futur. »"

Étudiant anonyme
Des candidats encore peu satisfaits des modes de recrutement

Ces nouvelles attentes se traduisent dans une satisfaction encore limitée des candidats face aux modes de recrutement, notamment concernant la durée du processus (55%) et la transparence de l’offre (19%). La qualité des entretiens est néanmoins saluée, plus de deux tiers les trouvant « plutôt voire très cordiaux et agréables ». Quant à leur contenu, ils trouvent que l’accent est clairement mis sur le poste de travail lui-même au détriment de la culture d’entreprise. 

Face à ces enjeux, les étudiants s’appuient sur les pôles carrières des écoles et universités, envers qui les attentes sont toujours plus fortes : identification des offres d’emploi, affinement du projet professionnel, préparation de la candidature, coaching par des alumni… En ces temps de confinement, ces équipes ont joué un grand rôle pour assurer une continuité pédagogique, notamment en connectant les étudiants avec les entreprises lors d’événements en ligne. 

27% réfléchissent à leur projet professionnel

Des processus de recrutement qui s’adaptent à la crise et aux nouvelles attentes

Face à ces nouvelles exigences, la crise sanitaire actuelle constitue une opportunité que les recruteurs ont saisie de renouveler leurs pratiques de recrutement. Avec des budgets gelés pour plus de 50% d’entre eux, la priorité des RH reste de ne pas se tromper sur les nouvelles recrues, devant les questions d’organisation interne. Avec un « droit à l’erreur » de plus en plus faible et la digitalisation plus ou moins forcée de leurs process, recruter la bonne personne et la faire s’épanouir au sein de l’entreprise devient un vrai défi.

Pour le relever, les RH cherchent à garder le lien avec leurs candidats, en dépit de nombreux recrutements bloqués ou décalés. L’enjeu est de consolider leur marque employeur, en évitant de perdre le contact avec les jeunes talents comme ce fut le cas lors de la crise de 2008. Ainsi nombre d’entre elles s’engagent sur de nouveaux formats, comme les vidéos live ou les forums virtuels d’écoles, dont la popularité a explosé en 2020.

Face à ces nouveaux enjeux et des équilibres parfois difficiles à trouver, plus de la moitié des jeunes et des recruteurs affichent leur optimisme et refusent de parler de « génération sacrifiée ». Les entreprises ont déjà commencé à construire leurs pratiques « d’après », en s’appuyant sur les services carrières des étudiants, de nouvelles solutions digitales et des manières innovantes de créer du lien avec leurs futurs collaborateurs. Ainsi seulement les entreprises et les jeunes parviendront-ils à maintenir alignées leurs attentes respectives, qui n’ont pas fini d’évoluer.

Publié par
Jean-Baptiste
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